
Still Running· since Jun 1, 2026
- 120
- days running
- 0
- relaunches
Ad copy
Ma carrière était à dix-huit minutes du désastre total. Et c’est exactement pour cela que je détestais voyager en avion. À la seconde où l’on pose le pied dans une aérogare, on est à la merci de forces qui échappent complètement à notre contrôle – autant dire ma version personnelle de l’enfer. On a beau tout préparer parfaitement avant de partir, calculer méticuleusement l’itinéraire à la minute près, une mauvaise météo trois états plus loin peut tout ficher en l’air. C’est précisément ce qui était en train de se produire tandis que je sprintais à travers le Terminal 1 pour me rendre au Terminal 4. Parce que, bien sûr, ma correspondance était à l’autre bout de l’aéroport, et le vol qui m’avait amenée jusqu’ici était arrivé en retard. Comme à mon habitude, je portais des talons qui avaient l’air mortels mais étaient aussi confortables que des baskets, donc en dehors du bagage-cabine plein à craquer que je serrais sur ma poitrine, j’étais taillée pour la course. Je sentais que je commençais à transpirer tout en évitant mes camarades voyageurs. J’allais passer la première moitié de mon vol à me sécher et me remaquiller pour être présentable lors de ma réunion suivante. Était-ce ma faute si j’avais planifié deux rencontres avec des nouveaux clients à la suite avec une marge d’erreur minime ? D’accord, oui, c’était ma faute. Mais le premier rendez-vous n’avait demandé qu’un saut rapide jusqu’à Denver pour faire signer un contrat ‒ une simple rencontre vite fait bien fait. Si l’avion n’avait pas été retardé, mon plan aurait été sans défaut. Voilà pourquoi je déteste prendre l’avion. Et pourtant voilà que je me retrouvais dans un aéroport bondé, à feinter et à esquiver pour me frayer un chemin au travers de la foule des voyageurs comme une athlète. J’évitai de justesse de renverser un charmant couple de personnes âgées, et je me retournai pour m’excuser, tout en courant à reculons. Ils rirent et me firent des signes compréhensifs, ce qui me fit me rendre compte que j’avais probablement l’air d’une folle à lier. Mais ça m’était bien égal, tout ce qui comptait, c’était de ne pas manquer ce satané vol. Tous les décideurs devaient être présents lors de la réunion, ce qui signifiait que je devais être au top. Jusqu’au moment où j’avais dû me mettre à courir pour sauver les meubles, j’avais eu l’air de la professionnelle que j’étais, avec ma jupe bleu marine chic et ma blouse crème. J’étais seule pour représenter la firme pendant ce déplacement, ce qui était une grande victoire pour moi. Alan ne m’accordait que rarement sa confiance, bien que j’aie amplement fait mes preuves. Je n’allais rien laisser gâcher cette opportunité. Peu importait que le retard de l’avion soit hors de mon contrôle. Tout ce dont mon boss se souciait, c’était de faire signer de nouveaux clients. Je baissai les yeux sur mon téléphone pour vérifier l’heure. Merde. Ça allait être juste. La carte du terminal sur le mur donnait l’impression que j’avais encore deux kilomètres à faire. Je plissai les yeux en passant devant, et j’accélérai le pas jusqu’à ce que— WHOMP. Je percutai ce qui semblait être un mur de briques. Si ce n’est que, bien sûr, les murs ne sentent pas l’eau de Cologne de luxe et ne sont pas aussi chauds. Pendant une fraction de seconde, je me trouvai pressée contre un torse très solide et très masculin, avant de trébucher en arrière. La vague de liquide froid qui s’abattit sur ma poitrine juste après la collision fut un choc suffisant pour me faire pousser un cri. — Oh non, quoi ? Je reculai de quelques pas et décollai le tissu humide de ma peau. — Gwen ? Je levai les yeux vers la personne qui venait juste d’anéantir mes chances d’attraper mon vol, et me figeai. Mon estomac se mit à flotter comme si j’étais en chute libre. — C’est… toi… parvins-je à dire, alors que le choc et la colère m’envahissaient. Jamais, pas même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pensé revoir un jour Harrison Ashford. Pourtant c’était bien lui, qui se tenait au-dessus de moi dans un costume sur mesure avec une cravate d’un bleu vif, et me fixait comme s’il venait de poser son mocassin Ferragamo sur un vieux chewing-gum. — C’est moi. Mais je ne m’attendais pas à te voir, dit-il sur un ton sarcastique mettant en évidence le fait qu’il était tout aussi contrarié que moi. Et certainement pas à te voir à ce point. Il désigna ma poitrine, et quand je baissai les yeux, je vis que ce qu’il venait de me renverser dessus avait rendu ma blouse transparente, au point que mon soutien-gorge rose fluo auparavant invisible s’affichait maintenant aux yeux de tout l’aéroport. Parfait. Tout simplement parfait. Même si je pouvais attraper mon vol, je serais maintenant forcée de diriger la réunion avec l’air d’arriver tout droit d’un concours de t-shirts mouillés. Et ce connard ne s’était toujours pas excusé ! En fait, il avait l’air carrément en rogne après moi. Avec ma veine pourrie, l’air « carrément en rogne » lui donnait un air carrément sexy. Bien sûr, je savais déjà que la plupart des choses étaient sexy sur lui. Une évidence pour quelqu’un d’aussi ridiculement, injustement sublime. J’étais généralement attirée par les grands bruns ténébreux, mais il y avait quelque chose chez Harrison qui passait outre mes critères habituels. Il était bien grand, mais clair de peau, avec des cheveux blonds parfaitement coiffés en ce moment même, mais que j’avais déjà vus en bataille au saut du lit. Et ses yeux… Ils étaient magnifiques, d’un vert clair irréel. Je pouvais encore me rappeler les contempler, de très près, en me demandant comment j’avais pu avoir cette chance. Si j’avais su comment les choses allaient tourner, je ne me serais jamais approchée d’un désastre tel que lui. — Je ne suis pas surprise que le Capitaine Connard refuse de s’excuser pour son erreur, dis-je, furax, sans cesser de maintenir le tissu de ma blouse trempée éloigné de ma peau. C’est tout toi, hein ? — Oh pitié, soupira-t-il. Ne me dis pas que tu es l’une de ces fichues groupies de Scarlet Rush. Je le dévisageai en plissant les yeux. — Hé, je soutiendrai quiconque révèle le vrai toi. Sa guerre ouverte avec la pop star la plus en vogue du monde signifiait qu’il était confronté à un océan de mauvaise presse dernièrement, ce qui était profondément satisfaisant sur le plan karmique. — Le vrai moi ? cracha Harrison en se rapprochant d’un demi-pas pour me toiser de toute sa hauteur. Tu n’as aucune idée de comment je suis. — Crois-moi, j’en sais déjà plus que je ne le souhaite. J’adorerais claquer des doigts et tout oublier de toi, lui répliquai-je, sans céder de terrain et avec un regard noir. Mais je sais pertinemment que tu es doué pour les tours de magie – pour disparaître, par exemple. Tu aimes bien garder une aura de mystère, pas vrai ? — Contrairement à toi, dit-il avec un geste du menton vers ma blouse translucide. Ma mâchoire se décrocha sous le choc, et je déplaçai mon bagage pour qu’il vienne couvrir ma poitrine. — Ce spectacle gratuit est cent pour cent de ta faute ! — Ce n’est pas moi qui courais à travers le terminal comme si j’étais poursuivi par une meute de loups, dit-il. — Eh bien, la plupart d’entre nous n’ont pas une flotte d’avions à disposition. À ce sujet, qu’est-ce que tu fais ici, à t’encanailler avec nous autres les pauvres ? Je ne pouvais imaginer que le PDG d’une compagnie de jets privés de luxe ait la moindre raison de prendre un vol commercial. Il étouffa un rire. — Je ne fais que passer. Où vas-tu ? — Grâce à toi, nulle part, dis-je en le fusillant du regard. J’essayais d’attraper mon vol pour Vegas, mais ma correspondance a eu du retard. — Tu ne l’as pas manqué, dit-il simplement. Il est retardé. — Non, il ne l’est pas, dis-je en montrant du doigt le moniteur un peu plus loin sur le mur. Il est… — Retardé, finit-il pour moi. Tu as tout le temps qu’il te faut. Je plissai les yeux pour lire le tableau des départs. — Attends, comment tu l’as su ? — Savoir les choses, c’est mon boulot. Sa certitude inébranlable était presque apaisante, et l’espace d’un instant je fus de retour à l’époque où je croyais que cet homme était quelqu’un de décent. Oui, il avait bien un truc pour comprendre les choses, comme mon besoin d’un bruit blanc la nuit et de vrai sucre dans mon café le matin ‒ pas d’édulcorants. Le Harrison Ashford que j’avais pensé commencer à connaître était perspicace et attentionné. Dommage qu’il se soit avéré être l’enfoiré renverseur de verre qui me faisait face à présent. L’homme que j’avais rencontré quelques mois plus tôt n’était rien de plus qu’une illusion. — Eh bien, même si j’ai une demi-heure de rab, j’ai l’air de m’être noyée, grâce à toi. — Mm, je dirais que l’effet est plus proche d’une strip-teaseuse, répondit-il tout en laissant son regard parcourir mon corps. Le rose fluo, c’est certainement un choix intéressant. — Et c’est tout ce que tu pourras voir, dis-je en serrant plus étroitement mon sac. Bon sang, je dois trouver un truc pour arranger ça. Ce n’est pas comme si je pouvais me pointer à ma réunion avec un t-shirt « I heart California » acheté à la boutique duty-free. Je commençai à m’éloigner, en fulminant devant son audace. — Profite bien de ta vie, Harrison. Reste très loin de la mienne. — Le code est 4313, lança Harrison derrière moi. Je me retournai pour lui jeter un regard noir. — Je te demande pardon ? — Il y a un salon secret pour les premières classes au Terminal B, par lequel tu vas passer pour te rendre à ta porte. C’est au bout d’un couloir à côté de la boulangerie. Portes opaques, pas d’indication. Le code d’ouverture est 4313, ce qui te donnera pleinement accès au salon, et surtout, au concierge qui pourra sécher et repasser ta blouse. J’étais abasourdie. Il faisait vraiment quelque chose pour m’aider. — Euh, merci ? Harrison ajusta sa cravate. — C’est le moins que je puisse faire. Les personnes comme toi ont besoin de tout le soutien qu’elles peuvent trouver. — Les personnes comme moi… m’indignai-je en revenant vers lui au pas de charge. Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? — Agitées, expliqua-t-il en me désignant. Gaffeuses. Désorganisées. — C’est une blague ? lui lançai-je, ce qui incita quelques passants à ralentir pour nous regarder. Rien de tout ça n’est ma faute ! Il rit, ce qui ne fit que me mettre encore plus en colère. — Qui de nous deux traversait le terminal comme un vélociraptor enragé, hein ? — Ça suffit, je reprends mon merci, fulminai-je. Et je le remplace par un « va te faire foutre, Harrison ». Il inclina la tête et me fit un clin d’œil. — Ça me va. Bon voyage. J’avais envie de dire quelque chose du style « J’espère que ton jet privé va finir dans l’océan », mais je m’étais déjà assez donnée en spectacle. Je n’aimais pas le fait que je le laisse faire remonter le pire de moi. Normalement, je pouvais garder mes émotions sous contrôle. Mon travail dans les relations publiques nécessitait du sang froid et du bon sens, et j’excellais à mon poste. Je n’allais pas laisser ce poltergeist sorti de mon passé m’ébranler davantage qu’il ne l’avait déjà fait. — C’est ça, dis-je. Bonne chance avec les Rushies à tes trousses. Aucune autre base de fans n’est aussi rancunière, donc tu peux t’attendre à être l’ennemi numéro un pendant un très long moment. Je doutais qu’il ait saisi ma référence à l’une des chansons les plus populaires de la chanteuse, « Ennemi Numéro Un ». Cette femme sait écrire des chansons de vengeance phénoménales. — Scarlet Rush et ses sbires ne m’inquiètent pas, répondit-il. On est en train de s’en occuper. Je lui ris au nez. — Sbires ? Tu devrais faire attention. Si on entend dire que tu parles d’eux de cette façon, ça va les enrager encore plus. Et d’après ce que j’ai entendu, tu es déjà gravement dans la merde avec eux. D’abord tu lui fais louper son vol, puis tu insultes tout son fandom. Gaffeur. Son expression se durcit. — Comme je l’ai dit, on est en train de s’en occuper. Je me mordis la langue pour m’empêcher de lui demander s’il était assez intelligent pour embaucher une agence de relations publiques, parce qu’il en avait vraiment besoin. J’avais une tonne d’idées sur comment il devrait gérer les Rushies, mais plutôt mourir que de lui faire part de mon opinion. — J’avais vraiment tort à ton sujet, marmonnai-je, à moitié pour moi-même. Harrison se rapprocha de moi. — Comment ça ? Nous nous regardâmes en silence pendant quelques secondes. — La personne que j’ai rencontrée à Aspen était une façade. Et le plus drôle, c’est que je le soupçonnais. J’aurais dû savoir que c’était trop beau pour être vrai. D’après la micro-expression qui traversa son visage, j’aurais pu jurer que j’avais touché un point sensible. — C’était un fantasme, continuai-je. Un flirt de vacances et rien d’autre. Le vrai Harrison Ashford est un connard égoïste et impoli qui mérite toute la haine qui s’abat sur lui. — Hum. Il me sourit, tout en dents et sans chaleur. — On dirait que tu n’es pas la seule à avoir fait une erreur de jugement à Aspen. — Waouh, on est d’accord. Première et dernière fois. Adieu, Capitaine Connard. Regarde-moi disparaître. Je dirais que tu pourrais en apprendre quelque chose, mais tu n’en as pas besoin, n’est-ce pas ? Tu es déjà très doué pour ça. Je tournai les talons et le plantai là. Harrison Ashford m’avait déjà retourné le cerveau une fois. Je n’allais pas le laisser me déstabiliser une fois de plus. Je ne me considérais pas comme une vraie fan de Scarlet Rush, mais alors que je m’éloignai d’Harrison, l’une des phrases d’« Ennemi Numéro Un » ne cessait de me trotter dans la tête. Mon ennemi et moi, on ne s’est jamais dit au revoir, chaque fois que je pense à lui mon cœur vire au noir. Oui, cette femme avait une chanson pour chaque étape d’une relation, depuis les premiers soupirs d’attraction à la débâcle post séparation. J’avais écouté son album de rupture Rêves et Désespoir en boucle après Aspen, et malgré tous mes efforts pour me convaincre qu’il ne représentait rien pour moi, il m’avait fallu un moment avant que mes souvenirs d’Harrison ne s’effacent. De manière choquante, j’étais heureuse d’être tombée sur lui ce jour-là, parce que maintenant toutes mes pensées nostalgiques rose bonbon étaient complètement effacées et remplacées par l’homme qu’il était vraiment. Le Capitaine Connard, mon Ennemi Numéro Un personnel.
Une romance milliardaire Bosshole Grumpy-Sunshine
SEE DETAILSLike this ad? Make it yours.
Crush rebuilds this exact creative around your product — your brand, your colors, your offer — in about a minute.




