Katee Keller ad creative
Katee Keller
Katee Keller

Inactive· since Jun 24, 2026

38
days it ran
0
relaunches
9,567
EU reach

Ad copy

Le ronronnement de ma bécane sous moi et le son de toutes les motos derrière moi étaient tout ce qui m'empêchait de mettre les voiles. Aller aux funérailles de mon vieux n'était pas ex-actement ma meilleure idée pour passer un samedi. — Tu es prêt ? a crié Slim par-dessus le bruit de centaines de moteurs de motos tournant au ralenti derrière nous. Secouant la tête de droite à gauche — non —, je suis resté assis et j'ai laissé les vibrations des moteurs emplir mon esprit, le vider. Je n'avais pas le choix. Je devais y aller. Et je devais avoir l'air du fils parfait, pleurant son père. En tant que président et fondateur de tout ce foutu club des Iron Hunters, mon père était un psychopathe très respecté et très aimé. Inspirant profondément, j'ai tiré sur la poignée des gaz et j'ai fait rugir mon moteur, provoquant une réaction en chaîne qui a empli l'air de bruit et de fumée. Quand ça s'est arrêté, plusieurs minutes plus tard, j'ai fait un signe de tête au pilote de la seule moto devant moi. Moose, le meilleur ami de mon père et l'un des membres fondateurs du club, s'est engagé sur la route de campagne sinueuse qui longeait le clubhouse. Je me suis élancé derrière lui. Deux policiers de la route à moto attendaient pour escorter le club. Tout au long de la route longue et sinueuse, la police, les véhicules d'urgence et même quelques Hummers de la Garde na-tionale attendaient pour s'insérer dans le cortège. Les routes avaient été bloquées du club jusqu'au cimetière. Huit longs kilomètres, à travers la ville, entièrement couverts par des hommes en uni-forme. Un spectacle pour les gens, totalement inutile. Personne dans cette ville n'aurait traversé ce convoi funéraire, avec ou sans présence policière, peu importe l'urgence dans laquelle ils auraient pu se trouver. Motos, trikes et, à l'arrière, des véhicules plus imposants occupaient le terrain sur lequel se trouvait le clubhouse. Le dernier rapport que j'avais reçu indiquait que nous avions plus de trois cents motos sur place, sans compter plusieurs douzaines d'autres véhicules. Tout le monde, de chaque section des Iron Hunters, était venu, ainsi qu'un contingent de clubs de tout le pays, des clubs avec lesquels mon vieux avait noué des alliances et des amitiés. Avait. Tout reposait sur moi maintenant. Les alliances. Les ennemis. J'aurais aimé m'allumer une clope avant de partir, tout en conduisant derrière le cercueil. Nous avions fait fabriquer un corbillard miniature spécial, avec des parois en verre, pour contenir la boîte qui renfermait mon vieux. Moose le tirait avec son trike. Il était difficile de regarder ailleurs que vers le verre protégeant le cercueil de mon père. Son corps. Nous nous sommes frayé un chemin jusqu'à l'intersection de la route principale qui tra-versait la ville de Melon Hills. De grands fourgons de police retenaient une file de voitures pour que notre procession puisse continuer sans s'arrêter. Vu le nombre de motos, il faudrait un quart d'heure ou plus pour que tout le monde passe. Les gens bordaient les rues, téléphones portables pointés vers nous. J'ai gardé le regard droit devant, la mâchoire serrée. Nous n'étions rien de plus qu'un spectacle pour eux. Une diversion à la médiocrité de leur vie. Normalement, ça ne me dérangeait pas de faire partie du spectacle, mais aujourd'hui, c'était différent. Célébrer la vie d'un homme que je haïssais et que je devais faire semblant d'aimer, c'était trop. Même pour moi. Le trajet jusqu'au cimetière n'a pas été assez long. Il faudrait bien plus de temps pour que l'intégralité du cortège arrive qu'il n'en avait fallu pour faire la route. Ensuite, nous devrions attendre que la foule atteigne le lieu de la sépulture. Quelle putain de journée. Moose est entré, les grilles étant gardées par deux autres flics à moto, le cimetière vide. Per-sonne n'était autorisé à entrer, à part notre club et les invités. Ce vieux et gros bâtard de Moose savait exactement où aller. Je l'avais laissé s'occuper de toutes ces conneries. Il pensait que le soleil brillait par le cul de mon vieux, ça avait toujours été le cas. Merde, si je ne les avais pas connus tous les deux si bien, j'aurais cru qu'ils étaient amants. Aucune chance que mon foutu père soit gay, pourtant. Après la mort de ma mère, il y avait toujours une file d'attente de nanas du club pour garder son lit au chaud. Beaucoup de clubs à trav-ers le pays commençaient à autoriser les femmes à porter les couleurs, mais être gay dans un MC ? Non. C'était encore totalement interdit, même si on n'en parlait pas beaucoup. Si tu voulais être dans un club, tu rejoignais un club exclusivement gay. C'était comme ça, c'est tout. Moose n'était pas un mauvais bougre. Il avait toujours été là, l'Oncle Moo. Il avait calmé le vieux une ou deux fois quand il avait trop bu pour qu'il ne s'en prenne pas à moi. Tandis que je roulais derrière lui sur la route sinueuse du cimetière, ça ne me dérangeait pas vraiment qu'il ait pris les devants pour la cérémonie. Il avait besoin de faire son propre deuil. Au moins, ma mère était déjà morte, à l'abri des poings et des critiques. Bon sang, on dirait une gonzesse qui pleurniche dans un talk-show. Reprends-toi. Moose s'est garé sur le côté de la petite route du cimetière, à l'endroit le plus proche de la tombe ouverte. Je me suis garé derrière lui, Slim à mes côtés. Les membres de la section se sont garés avec nous, ceux qui siégeaient à la table le plus près. J'ai passé ma jambe par-dessus mon chopper pour voir les motos se garer derrière nous jusqu'à l'entrée du cimetière. Au moins, le cadre était joli. À cette période de l'année, le temps pouvait être imprévisible dans le Tennessee. Octobre était généralement soit caniculaire, soit glacial et pluvieux. Pour le moment, nous avions un juste milieu, ce qui était agréable. Ensuite, ils ont commencé à se garer sur la rangée suivante. Ils auraient plus de chemin à faire à pied. Nous avons attendu que tout le monde entre. Ça a pris à peu près ce que j'avais prévu, quinze minutes pour faire entrer chaque véhicule dans le cimetière. Ceux qui s'étaient garés loin ne verraient pas le cortège, mais ce n'étaient pas des gens aussi importants pour la section ou pour mon père. Ils n'étaient là que pour les apparences, comme si ça m'importait. Ce n'est pas que je ne ressentais aucune fierté devant une telle affluence. Mon club était connu à travers tous les États-Unis, même en étant une structure modeste. Nous étions respectés, parfois craints, parfois haïs, mais nous étions connus. Le nombre de personnes venues saluer le départ de mon père prouvait que, si ce n'est rien d'autre, notre club imposait le respect. Mais le re-spect n'apaisait pas la haine. Seul le temps ferait cela. Moose a fait le tour de la remorque et a déverrouillé la boîte en verre, en retirant le dessus pour le poser sur le côté. J'ai regardé autour de moi dans le cimetière. Le trou était déjà creusé. Nous ne faisions pas de cérémonie suivie d'un enterrement. Tout se passait au bord de la tombe, et ensuite une fête au clubhouse. Slim, Moose et moi nous sommes alignés d'un côté du cercueil, et trois autres membres de longue date de notre section, des hommes qui avaient roulé avec mon père la majeure partie de leur vie, se sont alignés de l'autre côté. — Matthew, Granger, Mickey. Merci de faire ça, ai-je dit. J'étais un peu inquiet à l'idée que Granger, vieux comme le monde, puisse soulever ça. C'est pour ça qu'il était au milieu. Mickey a fait un signe de tête. — C'est un honneur que tu nous l'aies demandé. Ils roulaient avec le club depuis plus longtemps que mes trente ans d'existence. Pourtant, ils s'étaient tous tournés vers moi dès que nous avions appris l'accident de mon père. Comme si c'était mon héritage. C'était le cas. Il avait créé le club. Je le continuerais. Mais je refusais que son legs m'accom-pagne. Les Iron Hunters étaient mon club maintenant. Je l'emmènerais dans la meilleure direction possible. Nous avons soulevé le cercueil — ce n'était pas une mince affaire. Mon vieux avait été un homme robuste. Mon esprit s'est vidé pendant que nous marchions vers la tombe. Mon estomac s'est noué et ma peau est devenue moite et froide lorsque nous avons déposé le cercueil sur le dis-positif de descente. Mon père était un salopard. Il était froid, aimait trop utiliser ses poings, et avait emmené le club dans une direction que j'allais devoir combattre bec et ongles pour l'en sortir. Mais merde. C'était mon père. Comment étais-je censé me sentir ? Soulagé ? En peine ? Pour l'instant, je me sentais surtout engourdi, avec de temps en temps une bouffée de colère. — Ça va ? a murmuré Slim. Nous nous sommes écartés. — Non. Je ne pouvais pas en parler maintenant. Il n'a rien ajouté, mais je savais qu'il était là pour moi. Merde, il l'a pris plus durement que moi. Il savait que mon vieux avait été dur avec moi quand j'étais gosse, mais je ne lui avais jamais confié à quel point. Mon daron et Slim étaient partis sur un run de protection. Juste un peu de muscle. Une pré-sentatrice de journal local avait un harceleur que la police n'arrivait pas à coincer. Alors, elle a fait ce que tout le monde faisait. Elle est allée voir le MC. Et le MC a réglé le problème. Slim et mon père ont livré l'abruti au commissariat. S'il avait quelques os brisés, était-ce leur faute ? C'était un boulot facile, de l'argent rapide. Sur le chemin du retour, mon vieux s'est fait fau-cher par une connasse dans son monospace, deux gamins endormis sur la banquette arrière. Elle l'a tué sur le coup. Slim a tout vu. Il avait dit que la femme était tellement bouleversée qu'il n'avait pas pu la tuer. Surtout de-vant ses gosses. Elle m'avait contacté après, pouvant à peine articuler un mot tellement elle sanglo-tait. Le fait de l'avoir tué la hanterait le reste de sa vie. J'avais réussi à en convaincre le club aussi. La laisser vivre en sachant ce qu'elle avait fait serait une punition pire que ce que nous pourrions lui faire. La seule chose que nous aurions pu faire pour qu'elle se sente encore plus bas que terre aurait été de s'en prendre à ses enfants. Mais nous ne faisions pas de mal aux enfants. Jamais. Moose a prononcé l'éloge funèbre d'ouverture. Je n'en ai pas entendu un mot. Je me tenais près du cercueil de mon père et mon esprit bourdonnait pendant que d'autres membres du club qui avaient aimé mon vieux parlaient. Je n'ai pas entendu un mot et je suis resté déconnecté jusqu'à ce qu'il soit temps de le regarder descendre en terre. Il était mort en portant ses couleurs, et Moose s'était assuré qu'il les porte dans le cercueil. C'est ainsi qu'un membre du club devrait toujours être enterré. Avec son gilet. Slim m'a tendu le marteau de mon père. Je l'ai retourné plusieurs fois entre mes mains tan-dis que nous regardions le cercueil s'enfoncer au fond du trou. La machine s'est arrêtée, alors j'ai fait un pas en avant. Parfois, les gens aimaient jeter de la terre ou des fleurs. J'ai lancé le marteau de mon père dans le trou et j'ai fermé les yeux quand il a fait un bruit sourd, le bois frappant le bois. Un poing sur le cœur, j'ai reculé. Aux premières funérailles d'un Iron Hunter, un mois après avoir reçu son patch, mon vieux avait mis son poing sur son cœur. Cela s'était fait à chaque enterrement de Hunter depuis. Je suis resté là pendant que chaque président de section s'avançait pour jeter un objet senti-mental ou un autre dans la fosse. Quelque chose qui les liait au vieux. Une autre tradition que mon père avait instaurée à un moment donné. Le club était ma famille et ma vie, mais bordel de merde, j'étais prêt à sortir de son ombre. Il était temps de bousculer les choses. Mon esprit a dérivé vers mes projets, mes rêves, pendant que le reste des gens qui aimaient mon père lui disaient adieu. Enfin, Slim a posé sa main sur mon épaule. — On y va. Hochant la tête, j'ai levé les yeux pour le regarder en face. — Ouais. Une pointe de douleur m'a frappé le cœur, totalement différente de la douleur sourde entou-rant la mort de mon père. Moose nous a suivis. Quelqu'un avait détaché et retiré la remorque pendant l'inhumation. En montant sur ma moto, j'ai jeté un regard en arrière à la foule qui nous suivait. Ils s'attendaient à une sacrée fête au clubhouse. J'ai replié ma béquille et j'ai regardé derrière moi. La foule s'alignait derrière moi, passant devant la tombe, chacun avec quelque chose à y jeter. Vers la fin, c'étaient des fleurs. Ensuite, ils iraient directement à leur véhicule pour se rendre à la fête. Célébrer la vie. Merde. Le trajet de retour au club était aussi ridicule que le premier. Les deux flics à moto devant moi ont fait un signe de tête après avoir reçu une sorte de confirmation dans leurs oreillettes. Ils avaient dû dégager les routes. Faites place aux grands et méchants motards. Arrivé au clubhouse, j'ai pris ma place à la table, Slim à ma droite. Il m'a tendu le patch de président, tout neuf, et un kit de couture. À mesure que la pièce se remplissait, j'ai cousu le patch sur mon gilet. Je l'apporterais à la femme de Mickey un autre jour pour qu'elle le couse proprement, mais c'était une autre tradition que je le pose moi-même. Slim a cousu son propre patch en même temps. Vice-président. Quand j'ai fini, j'ai regardé autour de la table nos rangs tout en remettant mon gilet. Nous al-lions devoir chambouler un peu les choses. C'était bon pour le club de changer la donne quand un nouveau chef prenait le marteau. Aux bruits qui couraient, la fête avait commencé à l'extérieur, dans la partie principale de la maison. Notre sanctuaire était silencieux comme un tombeau alors que chaque membre me fixait. — Je me rappelle quand cette pièce était un salon, à l'avant de la maison. Il y avait de grandes fenêtres en baie, j'ai dit en étendant mes bras le long du mur qui arborait une peinture gi-gantesque de notre emblème et de nos couleurs. Et du papier peint vert pâle. Je me souviens encore de ces conneries. Moose a ri doucement et a hoché la tête. — Je ne pensais pas que j'arriverais un jour à décoller ce foutu papier peint des murs. Les hommes présents dans la pièce ont souri, chacun repensant à la première fois qu'il était entré dans le local du chapitre. — Je m'en souviens à peine. Slim a secoué la tête. — Je ne sais pas comment tu fais pour te souvenir de tous ces trucs, mec. Mickey a rigolé. Il avait rejoint le club quelques années après que mon vieux et Moose l'ont fondé. Pas assez tôt pour avoir le patch de fondateur, mais vraiment pas loin. — Il a toujours été comme ça. Il avait l'habitude de mettre son vieux dans l'embarras avec sa daronne. Moose a éclaté de rire. — Paulie a vite appris à te tenir à l'écart du clubhouse. Secouant la tête, j'ai souri, mais je ne ressentais aucune joie. Seulement de la tristesse. Du regret. — Je m'en souviens. Rien de quoi sourire. J'étais si jeune que je m'en souvenais à peine, mais il m'avait passé à tabac pour avoir demandé qui était la dame qu'il embrassait au clubhouse. C'était le premier passage à tabac dont je pouvais me souvenir. Il m'avait tenu à l'écart après ça pour cacher les foutus bleus. — Matthew, Granger, Mickey. J'ai regardé les hommes qui avaient porté le corps de mon père. C'étaient des hommes bons, loyaux. Mais ils étaient surtout loyaux envers lui. Mickey avait la tête sur les épaules, pourtant. Il avait toujours soutenu mon désir de voir le club devenir légal. — Vous savez que les choses vont changer. J'ai d'abord regardé Granger. Le vieux était sur sa dernière putain de jambe. Il s'était engagé quand j'étais gosse et semblait déjà être à l'article de la mort à l'époque. — Granger, il est temps pour toi de prendre ta retraite, mec. Profite des petits-enfants. Deviens un passionné du dimanche, mon vieux. Le visage de Granger s'est fendu d'un sourire. — Tu m'as enlevé les mots de la bouche. Je suis prêt à vous laisser, vous les jeunes, prendre la gestion. Ses rides se sont creusées autour de ses yeux. — Il est temps. Il avait déjà retiré son patch de vice-président. Il savait que j'amènerais Slim avec moi. Hochant la tête, je me suis tourné vers Matthew. — Tu as fait un excellent travail en tant que secrétaire et trésorier. — C'est bon, Ward, a-t-il répondu. C'est un jour nouveau. Hochant la tête, j'ai enfin regardé Mickey. Plus âgé que moi de vingt ans, il avait encore beaucoup à donner au club. — Mick. Il s'est redressé. — Je veux que tu sois mon Road Captain, ai-je dit. — Tu as été Sergent d'Armes pendant de nombreuses années. Il est temps de monter en grade. Ses yeux se sont agrandis. Il ne s'attendait pas à ça. — Reçu, Prez. Ouais. — Bruise, j'ai dit. J'ai regardé un membre relativement récent. Il avait reçu ses couleurs quelques années après Slim et moi, mais contrairement à nous, il n'avait pas grandi dans le club. Nous avions reçu nos couleurs dès que nous avions eu dix-huit ans. On n'avait même pas été prospects. Ses sourcils se sont levés. — Ouais ? — On aimerait que tu sois le nouveau Sergent d'Armes et Enforceur du club. La table a éclaté en acclamations et en rires. Le surnom de Bruise n'était pas venu par hasard. Le type adorait se battre, mais il était nul au début. Il s'était pris raclée sur raclée avant de finir par piger le truc. Après avoir reçu plusieurs poignées de main et des tapes vigoureuses dans le dos, Bruise m'a fait un signe de tête. — Je marche. Hochant la tête, j'ai tourné la tête vers Benny. Bennet Grindstaff, mon oncle. Le frère de ma mère. Il avait détesté mon vieux. Il était devenu nomade ces dernières années, incapable de s'asseoir à la même table que l'homme qu'il tenait pour responsable de la mort de sa sœur. — Oncle B. Je suis content que tu sois de retour. La table a fait écho à mon sentiment. Il avait été un membre apprécié de notre section, et bien que la plupart n'aient eu aucune idée de la raison de son départ, tout le monde était heureux de le revoir. Je l'appelais Oncle B depuis si longtemps que le surnom était resté. — Mon garçon, tu ne sais pas à quel point je suis content d'être de retour. Il a secoué ses cheveux d'un noir de jais. — Je détestais être nomade. Il m'avait dit qu'il avait passé la majeure partie de son temps avec la section de Chattanooga, et qu'il avait envisagé de s'y fixer, mais il n'avait pas pu s'y résoudre. C'était un membre fondateur, il portait ses couleurs avec fierté, et sa place était à Melon Hills. — Secrétaire et trésorier ? j'ai demandé. Quand il a hoché la tête, la table a de nouveau explosé, acclamant le changement de direc-tion. La plupart des gens en seraient heureux. J'avais longuement réfléchi à la meilleure façon de faire avancer le club, et ces hommes feraient de leur mieux pour que mes projets aboutissent. Tout le monde s'est levé et a changé de place tandis que la nouvelle direction des Iron Hunt-ers s'installait autour de la table. Seul Matthew restait sans fonction officielle au club. Sa femme l'avait récemment quitté en emmenant les enfants. Il ne supportait pas de rester dans leur ancienne maison et était revenu vivre au clubhouse. — J'ai deux autres nominations, ai-je dit, espérant que mon idée ne vexerait pas Matty. — J'ai longuement réfléchi à celle-ci. J'ai tripoté mon marteau tout neuf en pesant soigneusement mes mots. Matt. Il a levé les yeux vers moi avec surprise. Il ne faisait plus partie de la direction et ne s'attendait probablement pas à un poste. Il me semble que nous avons besoin d'un peu d'organisation ici. Cet endroit se remplit un peu plus chaque jour. Des prospects, des membres qui logent ici. On a besoin d'un gestionnaire. Matt s'est adossé et m'a regardé d'un air appréciateur. Depuis qu'il logeait avec nous, il s'était déjà chargé de s'assurer que les courses étaient faites, que les toilettes étaient récurées. Prin-cipalement, il s'occupait des prospects et les gardait occupés et à l'écart des ennuis. La plupart d'en-tre eux vivaient au clubhouse durant leur année de prospection. — Nous n'en avons jamais eu auparavant, mais j'espérais que tu accepterais le poste de Re-sponsable des Prospects. J'ai sorti le patch fabriqué spécialement pour l'occasion de la poche intéri-eure de mon gilet et je l'ai brandi. Qu'est-ce que tu en dis ? Matthew a frappé ses mains sur la table. — Je dis que je fais ce boulot depuis des années. Il était temps que tu me donnes la recon-naissance que je mérite, espèce de jeune fils de pute ! Les acclamations, les cris et les rires ont cette fois presque fait sauter la porte du mur. Il s'est avancé, m'a arraché le patch et le kit de couture des mains, puis m'a serré la main. Levant la main pour demander le silence, j'ai regardé à l'autre bout de la table, à la position opposée à celle du président. Moose, mon Oncle Moo. Techniquement, son job pour le club n'avait pas de titre. On ne pouvait pas afficher le poste qu'il occupait. Les « nettoyeurs » étaient des mem-bres inestimables de tout club, mais recevaient le moins d'éloges et de reconnaissance. — Oncle Moo. J'étais le seul à l'appeler ainsi. Son surnom n'avait pas pris comme celui de mon Oncle B. Moose n'était pas mon oncle, après tout, mais la famille n'était pas toujours une question de sang. Ton travail est le plus sous-estimé de l'histoire des MC. Il a fait un signe de tête. Il connaissait son importance. — C'est vrai. Tout le monde dans la pièce savait ce qu'il faisait. Et tout le monde savait qu'il ne fallait pas en parler. Moose connaissait chaque secret inavouable que le chapitre de Melon Hills avait jamais eu. Si quelqu'un d'extérieur à cette pièce l'apprenait, il serait un homme mort. J'ai sorti un autre patch de ma poche et je l'ai fait glisser sur la table. Il l'a brandi pour que tout le monde le voie. — Je veux que tu sois l'aumônier, ai-je dit. — Garde un œil sur leur esprit, leur cœur, et surtout leur bien-être s'ils font un séjour à l'ombre. Le poste d'aumônier n'avait rien à voir avec la religion, pas vraiment. Si un membre était croyant, c'était son choix et c'était encouragé la plupart du temps. Mais ils avaient parfois besoin d'aide pour concilier leur club, leur boulot, leur famille et leurs dieux. C'est là que l'aumônier inter-venait. J'avais remarqué au fil des ans que le vieil Oncle Moo était celui vers qui tout le monde se tournait pour ses problèmes personnels. C'était la commère du club. Aumônier, c'était parfait pour lui. Le groupe n'a pas explosé de joie cette fois. Au lieu de cela, ils ont incliné la tête devant l'homme qu'ils aimaient et respectaient tous. Et craignaient. — Moose ! a crié Slim d'une voix profonde. Presque un aboiement. La pièce a répété son nom dans un cri unanime. — J'imagine que je dis oui, a-t-il dit en riant. J'ai droit à une augmentation, pas vrai ? En riant, j'ai secoué la tête. — Réduction budgétaire, mon vieux. Réduction budgétaire. Saisissant mon marteau, je l'ai fixé une seconde avant de le claquer sur la table. — Allez là-dehors et célébrez la vie de mon père, et le futur de notre club. Ils ont encore poussé des cris en sortant, échangeant des accolades et des félicitations. J'ai repéré la nouvelle fournée de prospects derrière le bar, servant des verres à la foule qui a acclamé la section de Melon Hills lorsqu'elle est entrée dans la salle. Oncle B s'est retourné vers moi et Slim. — Vous venez ? — Dans une minute, a dit Slim. — On a besoin de causer un peu du vieux. L'idée d'être en tête-à-tête avec Ward me donnait des papillons, pour ce que ça m'apporterait. Ce n'était pas comme si le fait d'être seul avec lui allait mener quelque part. L'oncle a fait un signe de tête. — Ouaip. Il a fermé la porte derrière lui, coupant la majeure partie du vacarme. — Ça va ? j'ai demandé à mon meilleur ami. Mais j'ai évité de plonger mon regard dans ses yeux d'un bleu glacial. Il a soupiré. — Ouais, mais il faut qu'on parle. Chapitre Deux Slim On n'avait pas beaucoup parlé de mon passage au poste de VP pendant la réunion, mais je ne m'y attendais pas vraiment. Il n'y avait pas vraiment d'autre choix, une fois Paul mort. Ward montait Prez, et j'étais son second. Ça avait toujours été comme ça. Même gamins, ça s'était juste fait naturellement. Il était né pour diriger. Moi, j'étais pas exactement ce qu'on appelait un suiveur, mais face à Ward, je m'étais toujours effacé. Maintenant qu'on était seuls, Ward pencha la tête vers moi. — Qu'est-ce qui te bouffe, Slim ? Je regardai mon meilleur pote et nouveau président. Il s'était rasé le crâne tout frais pour les funérailles, un truc qu'il ne faisait qu'une fois de temps en temps. Il était paresseux là-dessus, il laissait ses cheveux blonds fraise repousser en duvet sur sa tête avant de prendre le temps de tout raser bien lisse. Sa barbe courte, pas beaucoup plus que de la barbe de trois jours, accentuait sa mâ-choire taillée au couteau. Optant pour l'honnêteté, j'abaissai la voix. — Te regarder voir crever ton vieux. C'est ça qui me bouffe. Ward hocha la tête, enfin il me regarda droit. Il se comportait bizarrement avec moi depuis quelques jours, évitait mon regard direct, se barrait de la pièce dès qu'on risquait de se retrouver seuls. — Et ta façon de réagir à ça. — J'étais censé réagir comment ? demanda-t-il, le ton plein de défi. — J'en sais rien, mec, mais pas en fuyant totalement. J'étais trop jeune pour me souvenir de la mort de mon daron, mais faut faire ton deuil, mec. Faut que ça sorte, à un moment donné. Il ne l'avait pas encore affronté en face, ça. J'en étais sûr. — Slim, dit Ward. Il était penché en avant, les avant-bras posés sur la table. Il tira un paquet de clopes, m'en tendit une. Je la pris et j'allumai les deux avec un Zippo dans ma poche. Il tira une longue bouffée avant de continuer. — Mon vieux était un salaud, un vrai enfoiré. Je suis partagé entre le soulagement qu'il soit parti, le stress de là où je veux emmener le club, et la tristesse qu'il soit mort. Mes émotions, elles sont toutes là-dedans, dans ma tête. Viens pas me faire chier avec ça. Je levai les mains en signe de reddition. — OK. Tant que tu sais où t'en es dans ta tête, c'est ça qui compte. Il hocha la tête et se renfonça sur sa chaise, les yeux fixés sur moi en tirant sur sa clope. — C'est tout ? demanda-t-il d'un ton froid. — Non. Je regardai son visage et soupirai. Je ne pouvais pas avoir ce que je voulais, mais je pouvais lui donner ce qu'il voulait, lui. — Je vais te soutenir. Ses sourcils se haussèrent en flèche. — Sérieux ? En soufflant une bouffée de fumée vers le plafond, j'acquiesçai. — Ouais. Je sais que ça a été une grosse décision pour toi de me prendre comme VP, même alors que je votais contre toi sur un truc aussi important. J'y ai beaucoup réfléchi, et j'ai une idée. — OK, dit-il en tapotant sa cigarette dans le cendrier posé sur la table. Balance. — Tu veux rendre le club clean. Gagner légalement. Moi, je veux continuer à toucher le même blé que jusqu'à maintenant. J'avais des mômes, des mômes que je ne voyais jamais, mais quand même. Ma old lady avait été la plus grosse erreur de ma vie. Elle n'était pas faite pour la vie de club, et moi, j'étais incapable de la quitter. Pas pour tout l'argent ni toute la chatte du monde. Mais elle était jeune, canon, et je m'étais dit qu'elle me ferait oublier ce que je voulais, tout au fond. Elle n'y était pas arrivée. J'étais rentré chez moi en sang une fois de trop et elle s'était tirée, emmenant mes bébés avec elle. Me battre pour la garde m'avait mis bien trop en pleine lumière aux yeux de la loi, et seul le fait de quitter le club pouvait me donner du temps avec mes bébés. Je pensais que l'argent ferait l'af-faire, mais j'avais balancé des centaines de milliers de dollars à cette garce, et elle ne les avait ni pris ni lâché. À la place, j'avais commencé à tout planquer dans les bois, de côté pour leur avenir. Si elle n'en voulait pas, je leur filerais direct. Les instructions pour retrouver la planque étaient dans le cof-fre du club, au cas où je crèverais. — Louann me laissera pas approcher de mes gosses tant qu'on roule sale, dis-je. Autant je m'en fous de ce que cette pute peut bien faire de sa vie, autant je veux récupérer mes gosses. Il hocha la tête. — Je comprends. Il n'avait pas d'enfants, mais il avait ressenti la perte des miens. Ils adoraient leur oncle Ward. — Content de t'avoir à bord. C'est quoi, ton idée ? — On fait passer des clopes en contrebande depuis longtemps. On a toujours réussi à rester en dehors de la came, ce qui est génial, mais les cigarettes du marché noir se sont révélées plus dangereuses qu'on ne le pensait. Tu veux te mettre au légal, faire dans la carrosserie, et c'est un boulot respectable. Je pense qu'on devrait toujours faire ça. — Et les salons de tatouage, ajouta-t-il. — Oui, je suis à fond derrière ça. On a beaucoup de membres, et il nous faudra des inves-tissements variés pour les garder tous occupés. Il hocha la tête et attendit que je continue. — Je veux me lancer dans la chatte, dis-je d'un ton plat. Ses sourcils remontèrent. — La chatte ? — La chatte. Je me penchai en avant et posai les mains à plat sur la table tandis que la fu-mée montait de ma clope. — Écoute-moi bien. On se met à faire du porno, mais au lieu de payer les mecs pour jouer dans les films, c'est eux qui nous paient. — Pourquoi un acteur porno paierait pour être dans un film ? demanda-t-il, visiblement sans capter ce que je voulais dire. — Parce que ce ne sont pas des acteurs. C'est des mecs normaux. Des pervers, mec. Des types qui veulent être dans ces pornos, qui veulent voir une actrice porno leur tailler une pipe. — De la prostitution, souffla-t-il. — De la prostitution légale. Et on peut prévoir des garanties pour les clients, genre ils peu-vent porter des masques, ou on peut monter les séquences pour qu'on voie pas leurs visages. — Ils paient pour faire partie d'une expérience cinématographique, dit-il en se renversant sur sa chaise et en écartant les bras. Un vrai deal à la Joe Hollywood. — Exactement. Je tirai sur ma clope en hochant la tête. Il commençait à voir les billets. — En plus, on pourra aussi produire de vrais films de cul. Y a du bon fric là-dedans. — Putain, Slim, t'as toujours les meilleures idées. Je secouai la tête. — Sauf la fois où on a piqué la bécane de ton vieux et qu'on l'a défoncée. Il grogna. — Il n'a jamais découvert que c'était nous. — Il l'a mise sur le dos de qui ? Je pensais que Ward s'était fait démonter le cul pour ce coup-là. Ward eut un grand sourire. — Les Crow. Tu crois que c'est quoi qui a déclenché la guerre que le club a eue avec eux avant qu'on soit patchés ? Je sifflai entre mes dents. — J'en avais aucune idée. En haussant les épaules, il écrasa sa cigarette. — Allez. On va fêter ça. On amènera ton idée à la table pour un vote demain. En le suivant dans la foule, je regardai mon club. C'était une fête de famille, et ça allait devenir bien trash, mais pas au point d'avoir des nanas à poil endormies sur le bar. La bière coulait à flots, plus de bouffe qu'on ne pouvait en avaler était entassée dans la cuisine, et le jardin derrière la baraque était plein de gamins qui couraient et jouaient. Un des prospects passa avec un plateau plein de sandwichs. J'en choppai un, puis une bière dans un énorme seau plein de glace, et j'allai me trouver un coin pour me planquer. Ward allait devoir écouter des histoires sur son vieux pendant plusieurs heures, mais pu-tain, moi non. Il croyait que je savais pas à quel point son père avait été dur avec lui, mais je savais. Je voyais chaque bleu, chaque coupure. Grandir en tant que meilleur ami de Ward m'avait appris à fermer bien ma grande gueule. Et à cacher combien je tenais à lui, et comme je ressentais chaque blessure que je voyais sur son corps. J'avais essayé une fois, avant la mort de sa mère. Il avait un œil au beurre noir et la lèvre gonflée et essayait de me faire croire qu'il était tombé de son vélo sur un trottoir. Mon cul. On avait fait du vélo ensemble de l'aube au crépuscule chaque jour cet été-là. Im-possible qu'il se soit fait démonter par un trottoir. J'étais rentré de l'école et j'avais tout raconté à ma mère. Elle m'avait fait asseoir et m'avait dit que si je savais ce qui était bon pour moi, je ne parlerais plus jamais des bleus de Ward. C'était une putain de honte qu'il en ait, mais personne ne pouvait rien pour lui. Elle s'était penchée pour me regarder droit dans les yeux et m'avait dit que si je disais jamais quoi que ce soit, elle ne pourrait peut-être pas me protéger du Vieux Bushman, le père de Ward. La peur dans ses yeux ne m'avait jamais quitté, et j'avais gardé ma bouche fermée. Mais j'avais tout vu. J'étais à peu près sûr que m'inquiéter pour Ward avait fait naître ma profonde affection pour lui, puis, avec le temps, mon amour. Mon regard resta fixé sur Ward toute la soirée pendant qu'il occupait la salle, parlant et rigolant, serrant des tas de mains. Finalement, la foule commença à se clairsemer quand les gens ramenèrent leurs gosses au lit, ou parce qu'ils bossaient le lendemain matin, ou qu'ils voulaient juste se barrer du clubhouse. C'était pas pour tout le monde. Quand il ne resta plus que quasiment ceux qui vivaient sur place, je déclarai forfait et titubai jusqu'à mon lit. J'avais bu plus de bières que prévu, mais c'était fait. Je gérerais la gueule de bois le matin. *** Mon réveil transperça mon sommeil comme un coup de masse dans mon crâne. Il fallait que j'arrête de boire comme ça. Ça passait encore dans ma vingtaine, mais une fois passé la tren-taine, les choses avaient commencé à changer. En entrebâillant un œil, j'éteignis la sonnerie sur mon téléphone et me recouvris la tête, même si je savais que je ne pouvais pas repousser trop longtemps. Ward avait une grosse réunion programmée à la chapelle. On n'était pas comme beaucoup de clubs qui ne faisaient leurs affaires de club que dans le clubhouse. Notre église, ou chapelle, c'était la salle à manger transformée, avec une grande table en chêne et tous les biens du club. L'argent dans le coffre, les registres — les légaux, en tout cas — dans le classeur. Pour l'illégal, on essayait de ne rien laisser sur papier. Quand mon téléphone piailla de nouveau, je roulai hors du lit et allai directement dans ma salle de bain. Les prospects devaient partager une salle de bain, mais chaque patch avait la sienne, même s'il fallait la construire. Au fil des ans, notre maison était devenue un peu biscornue. Quand la mère de Ward était morte, Paul, son père, avait acheté la grande ferme branlante. Au fur et à mesure que le club en avait besoin, ils avaient agrandi la baraque, ajouté des chambres, des salles de bain, agrandi la cui-sine. Maintenant, elle s'étalait sur le terrain, l'air de tenir avec du scotch et un miracle, mais putain si c'était pas confortable à l'intérieur. On avait fait du bon boulot, on l'avait gardée solide. Après une douche, quelques ibuprofènes et un énorme mug de café, je me sentis assez vi-vant pour la grande réunion. Ward voulait présenter mon idée à la table puis relancer un vote pour passer au légal. Ça n'allait pas être facile, mais si on arrivait à lancer mon plan business, on gagnerait plus que jamais, j'en étais sûr. Je pris mon dossier sur le bureau de ma chambre et partis vers la chapelle. La plupart des membres patchés du chapitre de Melon Hills étaient déjà là, en train de nous attendre, Ward et moi. — Il est où, notre p'tit prez ? demandai-je en m'asseyant dans mon nouveau fauteuil. — Au p'tit dej, grogna Moose. Il a pas bu comme nous autres et il a envie de bouffer. Il leva les yeux au ciel et posa la tête sur ses bras. Je rigolai et me renfonçai, attendant que mes cachets fassent effet ou que Ward débarque, selon ce qui arriverait en premier. Ce fut Ward, qui entra, les yeux brillants. — Bonjour, lança-t-il d'une voix forte. La plupart du groupe grogna en réponse. Le clubhouse était vide. Tous les fêtards de la veille étaient affalés dans une chambre ou une autre, mais Ward ferma quand même la porte. — On a pas mal de trucs à discuter ce matin, dit-il. À l'heure pimpante de onze heures. Cer-tains d'entre vous devraient apprendre à se coucher plus tôt, ajouta-t-il avec un rire en s'asseyant en bout de table, une tasse fumante de café à la main. — Ou alors c'est toi qui dois veiller plus tard, gamin, dit Uncle. Ward rigola. — C'est peut-être ça, le problème. Il frappa une fois le maillet sur la table pour ouvrir la réunion. Tout le monde sursauta au bruit, certains attrapant leur tête à deux mains. J'avais envie de faire pareil, mais je me retins. — Ordre du jour, dit-il après une gorgée de café. L'avenir du club. — On doit revoter, continua-t-il. Mais d'abord, Slim a une idée à nous soumettre. Il était temps de prendre mon air sérieux. — On veut tous gagner notre vie. Je marquai une pause pour l'effet pendant qu'ils ac-quiesçaient. — On veut tous gagner gros. D'autres hochements de tête. — Personne ne conteste ça, tout le monde veut continuer à bien vivre. Bruise prit la parole. — J'ai un gosse, moi, maintenant. Faut que je l'assume. Je levai la main. — Mec, moi aussi. Et c'est pas un secret que Ward veut nous faire passer au légal depuis longtemps. Son vieux arrêtait pas de casser son élan, et merde, moi aussi. Je haussai les épaules. — Je pensais pas qu'on pouvait gagner autant. — Je vois pas comment on pourrait, dit Moose. Mais je t'écoute. — Le cul, dis-je. La chatte. — C'est comment, ça, moins illégal que les clopes ? demanda Mickey en haussant un sourcil. — Écoutez-moi bien. J'expliquai tout : le tournage clean, l'expérience Hollywood. Les tests MST. À mesure que je parlais, leur scepticisme se transformait en énormes sourires. — On fera toujours les garages, toujours les shops de tatouage. Ça nous donnera à tous quelque chose sur quoi bosser, un truc pour nous garder les mains occupées. Tout le monde aura un boulot. Mais le côté cul, ce sera plus un rôle de gestion. On embauche les bonnes personnes, on assure la sécurité et la protection, et peut-être qu'on a quelques gars du club qui pourront faire du boulot plus… pra-tique. — Tu veux dire que tu vas laisser Bruise devenir une star du porno ? hurla Uncle. Per-sonne veut voir ça ! Tout le monde éclata de rire, et Bruise adressa un doigt d'honneur à Uncle. — Non, putain de pervers, dis-je en rigolant. Je veux dire, je suis presque sûr qu'un des prospects était comptable avant de se faire gauler pour détournement de fonds. Y en a peut-être un d'entre nous qui est doué pour, j'en sais rien, moi, l'éclairage porno ou les épilations bikini ou un truc du genre. Je dis juste qu'avant d'embaucher pour tous les postes, on pourrait peut-être en remplir quelques-uns avec des gars du club. J'obtins encore plus de hochements de tête et de mines réjouies. — Et les clopes ? demanda Moose. On peut pas lâcher ça comme ça. Ward soupira. — Non, ce sera pas simple. On va prendre contact avec les Crow. Rabibocher ça avec eux. S'ils sont ouverts, ils reprendront notre run. Moose grimaça. — T'es sûr de ton coup ? Ces ploucs de rednecks sont volatiles. — Je sais. Le visage sérieux de Ward pâlit. — Crois-moi, je sais. Mais je vois pas de sortie plus simple. Il balaya la pièce du regard, observant les visages de ses frères. — On a un énorme run prévu pour la semaine prochaine. C'est dans les tuyaux depuis un moment. Je veux essayer de rencontrer le président des Crow avant ce run, voir ce qu'il pense de reprendre l'affaire. S'il est partant, j'irai voir notre fournisseur, voir si on peut embarquer les Russes là-dedans. — Je pense toujours qu'on devrait essayer de faire les deux, dit Moose. — Ceux qui veulent continuer dans la clope pourront. Ceux qui veulent tourner clean resteront clean. Ward secoua la tête. — Trop compliqué. Trop de temps partagé, à essayer de garder nos versions cohérentes. Et tous ceux qui tournent clean pourraient être inculpés comme complices parce qu'ils savent. Je suis totalement contre l'idée de scinder. Moose hocha la tête. — Ouais, OK. — On est prêts à voter ? demandai-je. Tout le monde acquiesça. — Je vois pas de raison de faire un vote anonyme sur ce coup-là. Aucun de nous n'est à ce point marié à une direction ou l'au-tre qu'il aurait honte de son vote. On a magouillé sale pendant longtemps, rester comme ça encore un moment ne nous tuera pas. Probablement. On va d'abord voter pour savoir si on passe clean, puis sur le comment. Tout le monde regardait Ward. Ward frappa le maillet sur la table. — Tous ceux qui sont pour qu'on passe clean. Il me regarda en premier. Mon vote aiderait à en faire basculer certains. J'étais plus jeune mais respecté dans le club. — Oui, dis-je fermement. Il regarda Bruise, à ma gauche. — Oui, dit celui-ci. Les oui continuèrent le long de la table jusqu'à Moose, à l'autre bout. — Non, dit-il en haussant les sourcils. Les clopes nous ont bien réussi. Pas la peine de réparer ce qui n'est pas cassé. Le temps qu'un bon nombre d'entre nous avait passé derrière les barreaux pour trafic au fil des ans plaiderait du contraire, mais vu qu'il était le seul à avoir voté non jusqu'ici, je n'étais pas in-quiet. Les oui se succédèrent jusqu'au dernier homme, à la droite de Ward. Mickey, notre Road Captain. C'est lui qui prendrait les rênes s'il arrivait quelque chose à Ward et moi. — Oui, vota-t-il. — Et un oui de ma part, dit Ward. Parfois, le président donnait son vote en premier, surtout s'il voulait influencer ceux des autres. S'il voulait les vrais votes du club, il votait en dernier. Il abattit le maillet. — On se met au légal. Après une pause, il continua : — Maintenant, on sait tous qu'on veut bosser sur les bécanes, les carrosseries et les tats. Des objections ? Personne ne parla, alors il frap-pa de nouveau le maillet. — Parfait. Dernier vote, je le veux de tout le monde. Le cul ? Cette fois, il commença par Mickey et fit le tour de la table dans ce sens. Il ne voulait ni que moi ni lui n'influencions le vote. Tout le monde dit oui, même Moose. — Tant qu'à passer clean, autant se choper de la bonne chatte au passage, dit Moose en haussant les épaules. — Putain ouais, cria Mickey en frappant ses mains sur la table. Ward et moi on éclata de rire, et je regardai son profil une demi-seconde de trop. Il profit-erait sûrement de la chatte, lui aussi. Si je voulais que le statu quo continue dans le club, il faudrait que je tape dedans quelques fois moi aussi, sinon les nanas parleraient. J'avais commencé à envisager de laisser courir la rumeur que j'avais des problèmes ou une blessure et que je ne pouvais plus baiser. Ça m'éviterait d'avoir à rester dur assez longtemps pour baiser un corps qui ne m'attirait pas. La plupart du temps, je les faisais me tailler une pipe pendant que je fermais les yeux et que j'imaginais les lèvres pleines de Ward autour de ma bite. Putain. Retour à la réalité. Il avait récolté le reste des votes pendant que j'avais la bite en tête. — Oui, dis-je. Le cul. D'un signe de tête, il répéta mon mot et frappa une dernière fois le maillet. — C'est réglé, alors. On va organiser une rencontre avec les Crow dès que possible, et avec un peu de chance, ce sera notre dernier run.

Le remède parfait au blues d’après Heated Rivalry.

ÉDITION FRANÇAISE

SEE DETAILS
🪄Crush AI

Like this ad? Make it yours.

Crush rebuilds this exact creative around your product — your brand, your colors, your offer — in about a minute.

More ads from Katee Keller

Katee KellerKatee Keller
Inactive
28 Days
6KReach
1Ads
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee KellerKatee Keller
Inactive
15 Days
-Reach
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee KellerKatee Keller
Inactive
15 Days
-Reach
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee KellerKatee Keller
Inactive
15 Days
-Reach
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee KellerKatee Keller
Inactive
15 Days
-Reach
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee KellerKatee Keller
Inactive
38 Days
10KReach
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee KellerKatee Keller
Inactive
38 Days
10KReach
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee KellerKatee Keller
Inactive
88 Days
32KReach
Katee Keller Facebook ad
Details
Katee Keller Ad — Ran 38 Days | Crush Ad Library